|  | Héritière des anciennes structures féodales, la commune de Montfaucon offre l'originalité d'un territoire hétérogène qui comprend une portion de la vallée du Doubs (alt. 245 m), les versants occidentaux et orientaux de l'anticlinal qui culmine à 617 m au Belvédère, ainsi qu'une infime frange des marais de Saône (alt. 405 m). Cette situation explique l'importance des bois, landes et friches qui occupent plus de 40 % de son sol et la faible valeur des terres agricoles, ce qui a longtemps valu à Montfaucon la réputation d'un village pauvre ; dominant à la fois la vallée du Doubs et le plateau de Saône, elle lui assurait en revanche une vocation stratégique, illustrée successivement par le château et les forts militaires ; elle permet aussi de comprendre les modalités de son peuplement qui s'est effectué à partir de quatre noyaux distincts : le Bourg au pied de l'ancien château, La Malate, le village actuel regroupé autour de l'église et les Fours à Chaux |
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|  | Nous n'avons pas d'informations sur l'occupation du sol avant l'an mil, sinon de vagues indices archéologiques et des légendes, qui n'autorisent aucune hypothèse sérieuse : - Quelques ossements et silex de l'époque préhistorique ont été trouvés vers 1930 dans la grotte du Château et sur le promontoire du plateau ; ils sont en partie conservés au Musée des beaux-arts de Besançon ; - Subsistent d'importants vestiges de l'aqueduc gallo-romain (IIe siècle après J. C.), qui amenait l'eau d'Arcier à la cité de Besançon : ils sont visibles à la station de traitement des eaux de La Malate et dans le parking souterrain de la Région de Franche-Comté. Mais les documents du Moyen Âge, qui l'appellent l'Arc, ne font cependant aucune allusion à un peuplement ancien sur son passage dans la vallée du Doubs. - Quant à la légende de l'Archevêque de Besançon Félix, qui, à la fin du VIIe siècle, pour se soustraire à la colère des Bisontins, se serait réfugié au Château de Montfaucon, elle ne mérite aucun crédit. Faute de documents, l'histoire de notre village ne débute qu'au milieu du XIe siècle avec l'arrivée de la famille seigneuriale des Montfaucon qui lui a donné son nom. Ce toponyme évoque à la fois un relief rocheux (butte, mont) et sa nature sauvage (nid de faucon, d'aigle ou de corbeau) ; il se rencontre fréquemment en France et en Suisse de langue française, comme l'atteste l'Association des Montfaucon de France. Au milieu du XIe siècle, apparaissent les premiers seigneurs de Montfaucon, Conon surnommé Faucon (v. 1040), et Richard qui prend le titre de seigneur de Montfaucon (v. 1085). Originaires du nord-est de la Franche-Comté où ils ont d'importants domaines et seigneuries, ils viennent s'implanter aux abords de Besançon, alors ville épiscopale en plein essor et obtiennent de l'archevêque la concession en fief de terres sur lesquelles ils construisent un château fort. En France, c'est effectivement "l'ère des Châtellenies" durant laquelle se multiplient les forteresses de ce type qui remplissent un triple rôle : résidence seigneuriale, forteresse (rôle militaire) et centre administratif (ban seigneurial ). Mais rien ne transparaît de la nature de ce premier château, probablement en bois, ni sur sa localisation : un document de la fin du XIIIe siècle cite un Vieux Montfaucon, qui correspond à l'extrémité de l'éperon rocheux dominant Chalèze et qui recèle de nombreux vestiges de fortification non étudiés à ce jour. Il est possible que ce site ait porté le premier château et que le transfert à son emplacement actuel se soit fait au XIIIe siècle, au temps du grand Amédée, seigneur des lieux.
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Le XIIe siècle consacre la réussite éclatante des Montfaucon
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|  | Effectivement, les seigneurs de Montfaucon donnent deux archevêques de Besançon : Hugues IV (1108 1109) et Thierry (1180-1190) qui s'est illustré à la troisième croisade aux côtés de l'empereur Frédéric Barberousse. Quant au frère de Thierry, Amédée, il est entré dans la légende par son aventure amoureuse avec Berthe de Joux, au retour de la même croisade : surprise par le mari, l'épouse infidèle, enfermée dans un cachot, n'aurait d'autre spectacle que le cadavre de son amant se balançant au bout d'une corde ! Les seigneurs de Montfaucon fusionnent avec les comtes de Montbéliard : Richard de Montfaucon (+ 1148) épouse Sophie, héritière du Comté. Dès lors, ils cherchent à dominer les plateaux du nord-est de la Franche-Comté, de Besançon à Montbéliard : le château de Montfaucon, qui contrôle la vallée du Doubs et la route de Belfort, n'est plus que le premier maillon d'une chaîne de forteresses allant de Besançon à Montbéliard. Les Montfaucon fondent aussi des monastères, dont l'abbaye cistercienne de la Grâce-Dieu, qui abrite encore une communauté religieuse. Cette alliance avec les Montbéliard explique les armoiries communes des deux familles : "de Gueules à deux bars adossés d'or", c'est-à-dire un écu à fond rouge avec deux bars accolés. Descendant de Louis de Mousson, comte de Bar en Lorraine, les sires de Montfaucon-Montbéliard ont adopté les mêmes armoiries, avec, en légende, un jeu de mot entre le nom de famille et les poissons. Par arrêté municipal en date du 3 septembre 1984, la Commune de Montfaucon a repris cet emblème.
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XIIIe-XIVe siècles : l'âge d'or
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|  | Parmi les grands seigneurs de Montfaucon, Amédée (1228-1280), qualifié de grand baron, de rassembleur de terres, occupe une place privilégiée, car il réussit à étendre véritablement sa domination sur les plateaux du Doubs, comme le montre la carte de ses châtellenies. C'est probablement lui qui a transféré le château sur la butte actuelle qui offrait une meilleure surveillance de la vallée du Doubs et plus d'espace pour la création d'un lieu de peuplement. C'est effectivement à cette époque que naît le premier village de Montfaucon sous forme d'un bourg fortifié, voulu par les seigneurs comme point d'ancrage de la population. Ce bourg subsistera jusqu'au XIXe siècle et ce sont ses derniers vestiges que l'on peut encore découvrir au pied du château fort. A la fin du XIIIe siècle, la léproserie de l'Arc est mentionnée : elle donnera son nom au hameau actuel de La Malate (maladrerie ou léproserie). Elle était rattachée à Besançon. L'importance prise par le Bourg est confirmée en 1311 par la création d'une église paroissiale, à la demande des seigneurs : les habitants de Montfaucon, qui devaient auparavant aller aux offices à Chalèze, disposent désormais d'un lieu de culte desservi par un curé et sis à l'emplacement même des vestiges actuels. A partir du XIIIe siècle, se généralise l'emploi de la pierre pour la forteresse (donjon, courtines ou mur d'enceinte) ; c'est pourquoi, en 1300, Gauthier de Montfaucon emprunte à l'archevêque de Besançon une forte somme d'argent pour terminer la fortification du château. Ce dernier acquiert alors une physionomie complexe (en plus du donjon : tours, bâtiments d'habitation, chapelle castrale, logements pour la garnison, caves, plusieurs cours, enceintes...)
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Château et Bourg survivent à la fin du Moyen -Age
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|  | La guerre de Cent Ans favorise le développement de l'artillerie (surtout au XVe siècle) qui exige le renforcement des murs et des enceintes, tandis que les habitants sont soumis à des corvées d'entretien et à la garde du château ; ils doivent aussi participer à la fenaison des prés seigneuriaux, aux vendanges , à la préparation des tonneaux... C'est à cette époque que Jeanne (+ 1415), héritière des Montfaucon, épouse Louis de Chalon-Arlay, prince d'Orange, dont les descendants disposeront de la seigneurie de Montfaucon jusqu'à la Révolution. A la fin du XVe siècle, toute la région subit le contrecoup de la guerre que se livrent Charles le Téméraire, duc de Bourgogne et Louis XI, roi de France. Le 8 août 1479, le château tombe entre les mains des troupes françaises : est-il détruit, comme le prétend la tradition qui attribue à Louis XI la destruction de la plupart des châteaux comtois ? En réalité, s'il a pris possession des lieux, le roi ne fait que démanteler une partie de la forteresse, c'est-à-dire la démilitariser : on enlève l'artillerie, on arase au besoin le sommet des remparts...Un inventaire de 1499 (postérieur à Louis XI) donne une liste des provisions, vaisselle, couvertures se trouvant encore au Château, tandis qu'en 1531 on procède à un inventaire de l'artillerie et meubles se trouvant sur place et que subsiste en 1552 la chapelle castrale. Le château survit donc à la guerre de Bourgogne.
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Époque moderne : naissance de l'actuel village
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|  | Mais ces guerres de Bourgogne amorcent un changement important dans l'histoire de Montfaucon. La nouvelle conjoncture politique, économique s'avère défavorable au bourg et au château : terres peu propices à la culture et peu extensibles, accès du site difficile avec un rôle discutable dans la défense de Besançon.... Toutes ces raisons font que le château perd peu à peu ses fonctions militaires pour n'être plus qu'un centre administratif, où l'on rend la justice, où l'on perçoit dîmes et redevances ; parfois même les assises de justice se tiennent en dehors : le 27 mai 1518, elles ont lieu en l'Arc de la Malate, probablement dans la maison qui garde encore les traces des armoiries des Chalon-Arlay. Par ailleurs, certains habitants du bourg, au début du XVIe siècle, préfèrent construire leur nouvelle demeure en un lieu plus propice, sur le versant tourné vers Saône : c'est ainsi qu'apparaissent les premières maisons sous forme de fermes isolées appelées granges, à l'emplacement de l'actuel village qui prend bientôt le nom de Montfaucon-les-Granges. Le 22 octobre 1552, un incendie détruit l'église paroissiale du Bourg : le vicaire épiscopal de Besançon autorise les habitants à faire célébrer provisoirement par leur curé le culte paroissial dans la chapelle du château, en attendant la réédification de l'église. Ce sont les vestiges de la nouvelle église que l'on peut encore voir sur place : une seule nef plafonnée, percée de trois baies cintrées du côté septentrional et d'une seule sur son flanc méridional ; un petit clocher surmontait l'entrée occidentale. La terrible guerre de Dix Ans (1634-1644), qui a ruiné la Franche-Comté, accélère le déclin de l'ancien Montfaucon : de 18 feux ou familles en 1614, la population tombe à 11 feux en 1657! le château, abandonné, ne tarde pas à tomber en ruines, tandis que le bourg se vide de plus en plus avec le transfert progressif de la population vers le village de Montfaucon-les-Granges
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Au XVIIIe siècle: l'actuel village de Montfaucon relègue le Bourg
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|  | Le nouveau village l'emporte définitivement sur le Bourg qui se dépeuple et se meurt. On peut suivre l'évolution démographique de l'ensemble (village + bourg) à travers les recensements qui dénombrent les foyers ou feux (ménages): 1510 12 feux 1593 16 feux 1653 11 feux (désastre de la Guerre de Dix Ans) 1688 8 feux ou 57 habitants 1750 15 feux (dont 3 au Bourg castral, 10 aux Granges (village actuel ), 2 du côté des Fours à Chaux. Au milieu du XVIIIe siècle se pose alors le problème de la restauration de l'église paroissiale : s'ensuit une bagarre d'un demi-siècle pour savoir si l'on doit restaurer celle du Bourg ou en construire une nouvelle aux Granges. Le nouveau village l'emporte avec la construction d'une église neuve, inaugurée en 1785. C'est l'église que l'on peut admirer de nos jours, car elle conservé toute son homogénéité et sa pureté primitive. À l'intérieur se trouve un tableau daté de 1700 et signé d'Adrien Richard, peintre originaire de Morteau : il représente une Vierge au manteau, avec une vue cavalière du Château. L'inauguration de la nouvelle église sonne le glas du Bourg : délaissée par le culte, son église est transformée en exploitation agricole, tandis que les derniers habitants quittent le Bourg après 1850. Dès lors, les maisons à l'abandon s'effondrent les unes après les autres, les éboulis dissimulent les murs de fondation ; ronces, épines, végétation sauvage prennent possession du bourg. Tel était l'état des lieux avant le début des travaux de restauration, telle est encore la situation dans la partie orientale du bourg qui est demeurée propriété privée.
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| Les transformations du XIXe siècle |
|  | La Révolution n'apporte pas de changements, sinon au plan administratif, en créant la Commune avec son ressort territorial, dont la gestion est confiée à une municipalité. Une fois les guerres napoléoniennes terminées et en attendant les premiers effets de la révolution industrielle, le retour à la prospérité favorise l'essor des campagnes. Aux cultures traditionnelles et à la vigne s'ajoutent les revenus de l'élevage bovin et quelques activités artisanales : avant même 1789, une tuilerie, dépendant de l'Hôpital bisontin du Saint-Esprit avait fonctionné à Champ-l'Ognon (La Malate), tandis que l'existence d'un four à chaux est assurée à Montfaucon à partir du XVIIIe siècle. Après la guerre de 1870, divers établissements industriels s'implantent à La Malate et suscitent son développement : une faïencerie, qui produisait des poêles en faïence, puis une fabrique de chaussures et d'articles militaires. Mais c'est Montfaucon qui tire le plus profit de la nouvelle stratégie militaire mise en place par la IIIe République naissante. En effet, les défaites de 1870-71 ont traumatisé la France et particulièrement affecté la Franche-Comté : les derniers défenseurs de Besançon se retranchent sur les hauteurs du Trou-au-Loup, avant de rejoindre l'armée de Bourbaki qui reflue sur la Suisse dans une dramatique retraite. Aussi les autorités militaires decident-elles de protéger la frontière de l'est par un vaste système défensif reposant sur des lignes de fortification. Les crêtes entourant Besançon se hérissent donc de forts et de fortins et Montfaucon devient un pôle stratégique de grande importance avec la construction de deux fortifications : - le première entreprise dès 1870 et appelée Redoute de Montfaucon (ou Vieux Fort ou Fort Donzelot), se trouve à quelques mètres de l'actuel belvédère et sert de base aux antennes de la Télédiffusion de France. Au delà du grillage qui en interdit l'accès, on aperçoit encore les fossés qui le contournaient, ou bien les galeries creusées dans la falaise rocheuse en bordure du chemin stratégique (appelé à ce niveau Chemin des poudrières), qui court en contrebas du Belvédère. - La seconde, dite Fort Neuf ou plus couramment Fort de Montfaucon, se trouve à quelques centaines de mètres de là, au bout de la route militaire qui conduit à une belle entrée monumentale sur laquelle se lit encore la date de 1878. Derrière cette porte, c'est le Fort, qui ne se visite pas, puisque l'armée l'occupe et en a fait un relais hertzien pour ses télécommunications. Mais le promeneur peut faire le tour des profonds fossés qui contournent la forteresse et qu'un entretien régulier met bien en valeur ; arrivé à la hauteur des falaises d'escalade, il jouira d'un magnifique panorama sur la Combe du château et le paysage bisontin. Construit de 1874 à 1878 pour surveiller la plaine de Thise, le Fort comprenait une série de casemates, de pièces d'artillerie dont une tourelle cuirassée ; il comprenait aussi des casernements et le tout se répartissait autour d'une vaste cour intérieure. Cet ensemble défensif est complété en 1883 par deux bastions avancés, les batteries des Épesses et des Rattes. Les locaux pouvaient abriter plus de 800 hommes de troupe et, effectivement, à la fin du XIXe siècle, Montfaucon était devenu un village de garnison. Ces activités agricoles, viticoles, artisanales et militaires expliquent l'essor de la Commune au cours du XIXe siècle : alors qu'elle ne comptait que 163 habitants en 1791, elle atteint son maximum démographique en 1851 (315 habitants), chiffre bientôt gonflé artificiellement par les cadres militaires qui résidaient sur place (544 habitants en 1901). Toutefois, avant même la fin du XIXe siècle, s'accumulent sur le village les signes de récession : commence à se faire sentir l'attrait de la ville avec ses possibilités de travail, attrait d'autant plus fort qu'à partir de 1885 la crise du phylloxéra dévaste le vignoble ; en outre, l'évolution de la stratégie ne tarde pas à modifier l'organisation de la défense autour de Besançon. Au cours de l'année 1905, les autorités militaires transfèrent dans la ville les 350 hommes de la garnison de Montfaucon et ne laissent sur place qu'un petit détachement d'une trentaine d'hommes pour assurer la garde du dépôt, en particulier des poudrières qui occupent quelques-unes des casemates : près de 120 tonnes de poudre se trouvent enterrées là. C'est là que s'est déroulé le drame du dimanche noir du 16 septembre de 1906, avec l'explosion des poudrières. Crise du phylloxéra, départ de la garnison, début de l'exode rural plongent le village dans une sorte de léthargie profonde, dont il ne sort qu'après la seconde guerre mondiale, lorsqu'avec l'essor économique de Besançon se profile sa nouvelle vocation de village-résidence.
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